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Du Kordofan du Nord à Angers: L’histoire de Moussa

Décembre 2021

Dans le cadre de sa campagne #StandUp4Migrants, ONU Droits de l’homme s’est associé avec le journaliste Maurizio Martorana de l’agence Reuters Plus. Celui-ci s’est rendu récemment dans le nord de la France pour rencontrer Moussa, un Soudanais qui vit à Angers.

Martorana a rencontré Moussa pour la première fois dans la ville frontalière franco-italienne de Vintimille à l'été 2015, après que Moussa ait fait de nombreuses tentatives infructueuses pour atteindre la France. Il se souvient du « sourire magnétique, de l'optimisme à toute épreuve et de la générosité envers les autres » de Moussa.

Ils sont devenus amis depuis.

Martorana raconte l’histoire de Moussa, un récit qui illustre la force de la communauté.

Tous les samedis, Moussa fait son jogging le long des berges de la Maine dans la ville historique d’Angers, en France. Courir le long de cette rivière au crépuscule l’aide à décompresser après une semaine de dur labeur.

Je l’ai rencontré ici pour la dernière fois par une froide après-midi de décembre, alors qu’il se rendait à un marché de Noël avec sa petite amie. Ils ont joué à Tin Can Alley puis aux autos tamponneuses avant d’aller dîner en amoureux au centre-ville.

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Moussa et sa petite amie Lina se tenant la main au marché de Noël d’Angers en France

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Moussa aide une vieille Soudanaise à réparer son ordinateur portable. Photographié chez Moustapha à Rennes

Moussa, qui adore la vie d'un jeune homme à l’orée de la trentaine, affirme que la communauté d’Angers l’a accueilli à bras ouverts.

« Les Angevins sont très accueillants et gentils », confie-t-il. « Dès que je suis arrivé, j’ai noué de très bonnes relations, en particulier avec mes voisins. Ils se sont présentés à moi et m’ont dit que si j’avais besoin de quoi que ce soit, il suffisait de leur demander, ils pouvaient m’aider ».

Moussa compte parmi ses voisins une femme de 80 ans. « Nous adorons discuter. Elle me raconte sa vie et sa jeunesse, et elle est très gentille avec moi ».

« Je ne connais pas encore très bien Angers. Je me suis installé ici il y a deux mois en provenance de Rennes, que je considérais comme ma ville natale, mon pays. J’ai des sentiments et un attachement très forts pour Rennes. Je suis sûr d’éprouver un jour le même sentiment pour Angers », prédit Moussa.

« Je n’étais plus en sécurité au Soudan »

Il y a huit ans, Moussa a fui le Soudan où il avait été emprisonné dans le Kordofan du Nord pour avoir participé à une manifestation suite au mouvement du Printemps arabe, dans l’espoir de voir son pays accomplir un changement en profondeur. En détention, il a été torturé sévèrement au point de devoir être hospitalisé.

« Je n’étais plus en sécurité au Soudan », confie Moussa, qui risquait de rester longtemps en prison pour avoir seulement participé à une manifestation. Dès qu’il est sorti de l’hôpital, il a traversé le désert du Sahara et la Méditerranée dans le but de se réfugier au Royaume-Uni.

Ce n’était que le début d’une odyssée de quatre ans qui l’a mené au camp de Calais, également appelé la « Jungle de Calais ». Les conditions de séjour étaient difficiles dans ce camp où, à son pic d’affluence, 9 000 réfugiés et autres migrants vivaient dans des tentes de fortune avec des infrastructures, des installations sanitaires ou de l’eau courante médiocres, voire inexistantes.

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Moussa a atteint les côtes européennes par Vintimille en Italie. Bloqué sur la côte, il se sert d’un ordinateur portable fourni par des activistes pour communiquer avec ses amis et sa famille restés au Soudan et planifier son avenir.

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Moussa tenant sa valise, le jour de son arrivée au camp de réfugiés appelé la « Jungle de Calais » en France

Une nouvelle vie

Malgré ces difficultés et conscient du danger qu’il encourrait en tentant de rallier le Royaume-Uni, Moussa a décidé d’apprendre le français afin de pouvoir demander l’asile en France.

Grâce à une application installée sur son smartphone et aux cours de langue organisés par des bénévoles, il a pu apprendre la langue suffisamment bien pour demander l’asile.

Moussa se rappelle affectueusement de Nathalie, une styliste et enseignante bénévole de 63 ans : « J‘ai été très chanceux de faire la connaissance de Nathalie qui m’a aidé à apprendre le français. Je la considère comme ma mère française » confie Moussa.

Il a finalement obtenu l’asile en 2017.

Nathalie a également aidé Moussa à s’inscrire à un cours de langue française à l’Université de Rennes 2, où il a obtenu un diplôme d’Études françaises.

« Les premiers mois à l’Université, comme je n’avais pas de quoi payer la carte d’autobus, je devais marcher pendant trois quarts d’heure aller et retour », se rappelle Moussa. Il a finalement dû faire divers travaux : cueilleur de fruits, employé dans un supermarché, électricien et ouvrier industriel.

Moussa m’a cependant confié qu’il rêvait de travailler dans le secteur des nouvelles technologies. Il s’était inscrit à une formation en développement web pendant qu’il était à Rennes.

L’importance de la communauté

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Moussa et ses amis à l’Antipode MJC

J’ai été frappé par l’engagement de Moussa envers sa nouvelle communauté. Il m’a appris qu’il a travaillé comme traducteur arabe bénévole pour D’ici d’ailleurs (DIDA), une organisation à but non lucratif qui cherche à tisser des liens entre les demandeurs d’asile et la communauté locale. Il a également participé à un atelier d’art organisé par Keur Eskemm, une organisation de jeunesse bretonne.

« Moussa est très ouvert et sociable, et il écoute les autres », témoigne Guirec Vannier, cofondateur de DIDA, qui s’est lié d’amitié avec lui. « Il veut vraiment aider la communauté et promouvoir la cohésion sociale ».

Pendant son séjour à Rennes, Moussa a également travaillé comme bénévole au service des jeunes et des minorités marginalisées.

COME:ON! est un projet cofondé par le programme Erasmus+ de l’Union européenne et coordonné par Keur Eskemm. Le projet a pour objectif de permettre aux jeunes et aux minorités marginalisées de visiter différentes villes d’Europe et d’utiliser des lieux vacants à des fins culturelles et de coopération. Moussa a pu ainsi visiter Saint-Malo en France, la Belgique, la Lettonie et la Roumanie ainsi que la Maison des jeunes de l'Antipode à Rennes où le projet se trouve actuellement de manière temporaire.

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Guirec, Moussa et Eli à l’Antipode MJC

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Moussa et son ami Moustapha à Rennes

Le football a également été un moyen essentiel pour Moussa de découvrir sa nouvelle ville. À Rennes, il a joué pendant deux ans dans l’équipe locale du FC Beauregard. Il a aussi organisé des matches entre Soudanais et Français pendant son temps libre.

« Le sport est un très bon moyen pour rapprocher les gens », explique Moussa. « C’est une très bonne occasion de se faire de nouveaux amis ».

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Moussa jouant au football à Rennes

Un nouveau départ

Moussa m’a appris qu’il avait demandé un logement social à Rennes mais qu’il en avait obtenu un dans la cité médiévale d’Angers.

Même s’il a laissé derrière lui tout ce qu’il avait réalisé et tous ceux qu’il avait rencontrés, il a ouvert un nouveau chapitre de sa vie. À Angers, il a rencontré sa petite amie Lina – ils vont se marier l’année prochaine et espèrent fonder une famille en France.

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Vue de la Maine, du Pont de Verdun et du centre-ville depuis le Château d’Angers

Lorsque je lui ai demandé ce qu’il ressentait concernant son identité, Moussa m’a répondu qu’il se trouvait entre deux mondes – celui de la France dans lequel il aspire à s’intégrer et celui de son pays d’origine où vivent encore une partie de ses amis et sa famille.

Le dernier jour de mon séjour à Angers, j’ai reçu un appel de Moussa. Il avait l’air enthousiaste. « Tu te rappelles l’emploi pour lequel j’avais postulé ? J’ai passé un entretien, et je l’ai eu. Je serai formateur en compétences numériques. Je travaillerai avec beaucoup de Français, mais aussi des réfugiés, une bonne occasion de se faire de nouveaux amis à Angers ».

Puis, il ajoute : « Comme le dit un dicton soudanais : Aime ce que tu fais aujourd’hui jusqu’au jour où tu feras ce que tu aimes ».

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Moussa et sa petite amie Lina se tenant la main


  • Je respecterai vos droits, qui que vous soyez. Je défendrai vos droits même si je suis en désaccord avec vous.
  • Quand les droits d’une personne sont bafoués, ce sont les droits de tous qui sont compromis. C’est pourquoi je vais agir.
  • Je me ferai entendre. Je me mobiliserai. Avec mes droits, je défendrai les vôtres.

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